Une histoire de peau et de couleur…

Une nouvelle sur l’importance d’être soi-même.

Alfred revenait d’un voyage. Depuis maintenant deux ans, il était en mission quelque part dans la sous-région. A la faveur d’un congé bien mérité, il décide de rentrer au bercail, lui qui y a laissé femme et enfants.

Parlons de cette femme ! Aussi radieuse que rayonnante, belle que séduisante. Elle était toujours toute simple. Elle avait le charme naturel et incontestable de ces femmes à qui on décerne toute couronne. Elle avait cet éclat qui ne sied qu’à ces dames qui jamais n’ont essayé de confronter leur peau aux mélanges de  glycérine, de nitrate, de magnésium et de methylchloroisothiazolinone (j’ai été fidèle à l’orthographe hein).Elle était noire, belle et fière. Ah ! Il en était encore plus fier cet Alfred ! Un sacré veinard.

Crédit: www.ateliermagique.com
Crédit: www.ateliermagique.com

Alors imaginez qu’il ait dû la laisser pendant vingt-quatre mois, sevré de ces instants à nous interdits : des touchers de cette peau presqu’aussi douce que la soie et dont la pression sur une autre était comparable au contact entre un mouchoir en coton et un disque vinyle. Tout pressé de la retrouver ainsi que toute sa famille, Alfred sauta alors dans un avion…

Des retrouvailles inattendues…

Aéroport International Gnassingbé Eyadema de Lomé ; l’atterrissage du Vol 711-4B de la compagnie ASKY en provenance de Dakar, Sénégal vient d’être annoncé. Il sonnait seize heures.

Alfred venait de rentrer. Quelques instants après, on voyait clairement de là les « revenants » sortir, bagages à la main. Alfred était tout impatient, le regard sagace, à la recherche des siens. Tout à fait normalement ils étaient tous là, dehors juste à côté du parking. Ah tiens ! Les voilà ! Son frère, sa mère, sa sœur, Philippe et Jean ses deux enfants. Bizarrement, il y avait aussi une femme qui ressemblait trait pour trait à sa charmante épouse. « Mais non, se dit-il. Cela ne peut pas être ma Binta. Celle-ci est rouge ou blanche plutôt. Aurait-elle une sœur jumelle ? Non… j’en aurai forcément connaissance », se murmurait-il dans sa tête….

A peine fit il  quelques pas de plus que cette dernière l’ayant reconnu, accouru  pour se jeter à son cou ! « Awo ! Alfred, mon chéri ! Woézon, Woézon kakaaa* ! Bienvenue ! Qu’est-ce que tu m’as manquée !  Muuuuaaahhh ! » Les lèvres charnues et douces d’une femme presque inconnue venaient de se coller aux siennes.

En ce moment précis, Alfred comprit tout ! Elle n’était plus exactement la même, mais c’était bien sa femme. Elle avait juste changé de thème, comme un téléphone. Elle était encore sa femme, ses courbes étaient restées les mêmes mais telle une voiture, seule la couleur de la carrosserie avait changée.

Un changement décevant

Il fallait voir ! La nouvelle peinture n’était pas très réussie, vue de près. Cela ressemblait à un tissu multicolore. Contrairement aux zones  des coudes, des joues, de la cheville, des genoux, des  orteils et des doigts, Le reste du corps était plus clair. Son dos était parsemé de couleurs nuancées ; ce n’était pas joli. On pouvait presque voir des traces de la couche précédente. On percevait facilement et distinctement ses veines. Sa peau était devenue transparente. Elle ne pouvait plus résister longtemps sous le soleil. Ses vieilles cicatrices refirent surface, et sa peau était devenue beaucoup plus sensible maintenant. Son  agréable odeur corporelle naturelle avait disparue, confondue maintenant à celle d’un poisson tout fraîchement pêché. (Rassurez-vous, je n’ai pas reniflée la femme d’Alfred, je tiens ces infos de lui hein). Je vous épargnerai le reste des détails.

Crédit :  www.environnement-afrique.com
Crédit : www.environnement-afrique.com

Alfred n’en revenait pas. Mais il avait le cœur lent à la colère. Tout sagement, il retint ses pensées et commentaires jusque dans l’intimité de leur chambre conjugale. Cette nuit-là, Il ne la toucha point. Il était tout déçu, lui à qui l’envie était plus soûlante que n’importe quel breuvage alcoolisé.

« Redeviens noire…« 

Le lendemain au petit matin, d’un ton à la fois sec mais doux, d’une voix sage mais impossible à interrompre,  Alfred dit à Binta : « J’ai épousé une belle femme noire, maintenant j’en ai une rouge ou blanche. Crois-tu que si je voulais épouser une femme claire, je serai venu vers toi ? Je ne t’ai jamais dit que je voulais que tu changes. Tu m’as plu telle que tu étais et je t’ai aimée comme telle. A présent, je ne reconnais plus en cette nouvelle chose que tu es devenue, celle qui était mienne. Si tu veux rester ma femme, refais tout ce que tu peux, mais redeviens noire »…..

Ce qui a poussé Binta à se teindre en rouge ou blanche, c’est sans doute l’envie d’être vue, regardée, et plaire. Elle n’était plus célibataire certes. Elle ne le faisait sans doute pas pour attirer d’autres hommes mais certainement pour ne pas passer inaperçu.

Une femme à la peau claire a toujours été un objet de convoitise. C’est l’exception, le prestige ; même une obsession pour certains hommes. Si elle n’est pas claire là, leur cœur ne battra jamais la chamade. C’est une marque de respect que d’avoir une femme au teint ensoleillé. Un homme qui en a est envié. Qui chez moi me diras le contraire ? Nous disons même « C’est le rouge qui gagne »  (La phrase perd son vrai sens en français).

Dans certains milieux ou le phénomène est plus accentué, et ou la mentalité des hommes est plus verrouillée,  l’équation est encore plus dure pour les femmes : soit tu es claire et tu trouves un mari ou tu es noire et restes célibataire. Comme cela les femmes sont poussées à ne plus voir aucune valeur en leur couleur de peau noire naturelle. Elles n’y voient plus ni  la beauté, ni les vertus et qualités.

Et pourtant, toutes les couleurs de peaux se valent ! Qu’elles soient  blanches, noires, jaunes, café ou métisses autant que noires, toutes les femmes sont belles !

N’ayons pas honte de ce que nous sommes

Le débat sur les dangers de la dépigmentation, j’ose croire que vous en connaissez certainement les thèses et antithèses,  causes, avantages (si vous en trouvez) et inconvénients, risques, dangers et conséquences. ; le coût que cela engendre, des dégâts irréversibles qu’elle entraîne sur votre peau. Etc. Vous en avez d’ailleurs lu, là plus haut, quelques-uns.

Les dames étant en majorité les plus concernées, (certains hommes n’y étant pas étrangers non plus), je vais vous dire ce que j’en pense : chaque homme et chaque femme est fait à l’image de son créateur. N’ayez pas honte de comment vous êtes, mais plutôt, valorisez-vous telles que vous êtes. Entretenez-vous autant que vous voulez mais ne changez votre apparence pour rien au  monde. Qu’aucune pression extérieure ne vous fasse prendre cette décision. La dépigmentation est une mauvaise chose. Si quelqu’un doit vous aimer, qu’il vous aime telle que vous êtes, et non pour celle que vous deviendrai après cela. C’est une forme de rejet de soi que de vouloir changer la  couleur de sa peau. Que le temps et l’énergie que vous employez à vous farcir le visage et la peau vous serve plutôt à remplir vos têtes (excusez la violence).

Aujourd’hui, Binta a cessé de s’enduire des différentes pommades et lotions qui ont dénaturée sa peau. Elle n’est plus toute blanche, mais elle ne redeviendra plus jamais la belle et radieuse femme noire qui faisait la fierté d’Alfred, malheureusement. Il s’en  contente désormais, non sans mal.

Note de l’auteur : L’histoire d’Alfred et Binta était de la pure fiction. Toute ressemblance avec des faits ou personnages réels ne serait que pure coïncidence. J’espère que la lecture vous aura été agréable ? Laissez un mot, dites ce que vous en pensez !

  4 comments for “Une histoire de peau et de couleur…

  1. Georty
    25 juin 2015 at 15 h 11 min

    Ahaa, humm, well said. It is a pity! At this time I could’nt understand people still doing it. I am tempted to say that girls with black skin are more beautiful……..but it stays an opinion.

    • Gilbert LOWOSSOU
      25 juin 2015 at 22 h 07 min

      Unfortunately, it is increasing.you are not totally wrong.i think independantly of thier skin’s colour, all the women are beautiful.thanks for commenting

  2. Benjamin Yobouet
    24 juin 2015 at 20 h 23 min

    Je trouves tout simplement que c’est une bien triste réalité. Bien écrit !

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